Aller au contenu principal
Infogérance cloud

Instances réservées, à la demande, spot : quel modèle coûte moins cher, et à quelle condition

Trois façons d'acheter la même machine virtuelle, et trois choses différentes à payer : la souplesse, la prévisibilité ou la disponibilité. Aucune de ces formules n'est moins chère dans l'absolu. Le bon choix dépend de la durée pendant laquelle la charge tourne vraiment, de ce qu'un arrêt sans préavis coûte à l'activité, et de la confiance que vous pouvez accorder à votre propre prévision.

Trois rangées de baies de serveurs dans une salle technique éclairée en bleu
La même machine peut s'acheter de trois façons : ce qui change, c'est qui porte le risque de la garder libre.

Trois modèles, trois risques déplacés

À la demande, vous payez à l'unité de temps, sans engagement, et la machine reste à vous tant que vous la laissez allumée. Le fournisseur porte le risque de capacité et l'intègre au coût de l'achat à la demande : c'est la prime de risque que décrit la FinOps Foundation. Vous achetez de la souplesse.

Une instance réservée inverse le marché. Vous garantissez une consommation sur une durée, le plus souvent un ou trois ans, et le fournisseur consent une remise en échange de ce revenu prévisible. Plus l'engagement est précis (type de machine, région, système), plus la remise est forte, et plus le risque de ne plus consommer ce qui a été réservé grandit.

Le spot prend un troisième chemin : le fournisseur revend la capacité qui n'est pas engagée à ce moment-là et se garde le droit de la reprendre. Le préavis se compte en dizaines de secondes, jusqu'à environ deux minutes selon la plateforme. Ce n'est pas une remise sur le même service : c'est un service différent, dont la durée de vie ne vous appartient pas.

Socle bas de cubes clairs surmonté d'une courte colonne de cubes sombres
Le socle stable justifie un engagement ; le pic, lui, se paie à l'unité de temps.

Ce que l'engagement achète vraiment

Un engagement n'est pas un rabais commercial, c'est un instrument financier : il transforme une prévision en achat ferme. La remise rémunère le risque de se tromper. Ce risque se chiffre : l'engagement horaire multiplié par la durée totale donne le montant exposé si rien ne le consomme.

Deux leviers se règlent séparément : la durée et la précision. Une durée longue sur une cible étroite donne la remise la plus forte, donc la marge d'erreur la plus faible. Une formule plus souple, qui suit une dépense plutôt qu'une machine, remise moins mais survit à un changement de gamme ou de région.

D'où le point mort : le temps nécessaire pour rembourser le coût de l'engagement par les seules économies qu'il procure, selon le même document. Avant ce point, l'engagement peut coûter plus qu'il ne rapporte ; après, il ne peut plus produire de perte nette. La question utile n'est donc pas le pourcentage de remise obtenu, mais la date à laquelle vous repassez devant.

Estimer son profil de charge avant de choisir

Prenez quatre semaines de facture détaillée, à l'heure si possible, et sortez trois chiffres par service : le minimum, la médiane et le maximum. Le minimum montre ce qui tourne même la nuit et le week-end ; la médiane, ce qui est consommé la plupart du temps ; l'écart entre les deux, la part réellement variable, donc la seule qui puisse être engagée sans risque.

Ajoutez ce que la facture ne dit pas : la croissance attendue, les projets datés qui s'arrêtent ou démarrent, la dépendance à un seul client, les pointes connues. Un engagement se juge sur la durée qu'il couvre, pas sur le mois où il est signé. Un projet qui se termine dans six mois ne justifie pas trois ans, même si sa consommation est plate.

Le troisième critère n'est pas technique : la tolérance à l'interruption. Pour chaque service, demandez ce que coûte un arrêt de dix minutes, puis de deux heures, sans préavis. Un service qui perd sa file d'attente au redémarrage n'est pas candidat au spot, quel que soit l'écart de coût affiché.

Serveur démonté sur un établi, disques et ventilateurs visibles
Un service capable de repartir sans perdre son travail est le seul bon candidat au spot.

Un engagement mal mesuré coûte plus qu'il ne rapporte

L'économie d'un engagement est le produit de la remise par le taux d'utilisation. Si vous consommez la moitié de ce que vous avez engagé, la remise s'applique à la moitié consommée, mais la facture reste entière. Le calcul se retourne vite : le surcoût des heures à vide peut dépasser l'économie des heures couvertes.

Deux indicateurs suffisent à suivre ce basculement : la couverture, part de la consommation passée sous engagement, et la vacance, part de l'engagement non consommée. Comparez chaque mois ce que vous avez payé pour l'engagement et ce que les mêmes heures auraient coûté sans lui. C'est la vacance qu'il faut regarder, pas la remise obtenue à la signature.

Un engagement plus large n'est pas une assurance. Couvrir les pointes paraît prudent, mais chaque unité supplémentaire ne se rentabilise que si elle est consommée. Le même document décrit un optimum : au-delà d'un certain taux, le gaspillage progresse plus vite que l'économie. Couvrir le creux est la stratégie la plus sûre, pas la plus rentable.

Le spot : payer moins, mais accepter d'être repris

Le spot convient aux traitements qui peuvent s'arrêter et reprendre : calcul par lots, rendu d'images, indexation, consommation d'une file de messages. Il suppose trois propriétés : la tâche est découpable, chaque unité est rejouable sans effet de bord, et le résultat intermédiaire est écrit assez souvent pour qu'une reprise ne reparte pas de zéro.

L'interruption a un coût qu'il faut compter avant de comparer. Le travail en cours est perdu, la tâche repart, et il faut parfois une capacité de repli pour tenir la promesse faite aux utilisateurs. Une reprise par minute suffit à effacer l'écart de coût d'un traitement long. Cette capacité est vendue pour ce qu'elle est : disponible, pas garantie.

À l'inverse, une base de données unique, un service qui garde un état en mémoire ou une machine dont la licence est liée au matériel sont de mauvais candidats, même avec une reprise bien réglée. Le spot ne convient pas non plus à un service dont la disponibilité est promise : il se marie mieux avec ce qui peut attendre.

Vérifier après coup que le modèle suit encore l'usage

Un choix d'achat se périme. Le contrôle tient en trois lectures mensuelles : la couverture, la vacance, et le taux de reprise réel du spot, c'est-à-dire les interruptions subies et le travail perdu à chaque fois. Ces chiffres se lisent dans la facture détaillée et les journaux, pas dans le souvenir de la décision.

Trois signaux doivent déclencher une révision : la vacance monte deux mois de suite, la consommation passe durablement sous le niveau engagé, ou une dépense reste à la demande alors qu'elle est stable depuis des mois. Le premier indique un engagement trop large, le deuxième un projet qui s'est arrêté, le troisième une couverture incomplète.

La revue de renouvellement se prépare avec les mêmes données et avec les projets connus pour l'année suivante. La bonne question n'est pas de reconduire ce qui existait, mais de recalculer le socle stable et la part variable, puis de répartir entre engagement, achat à la demande et spot. Un modèle non revu depuis un an décrit rarement l'usage du mois.